Le jour où mon poids est devenue une obsession

mai 3, 2020 4 Par lejourou

Un ancien collègue m’a confiée que son ado de 14 ans était anorexique et que c’était l’enfer à la maison. La jeune fille avait même dû être hospitalisée. Mon coeur s’est serré. Et immédiatement je lui ai partagé mon histoire avec la nourriture et comment je suis devenue boulimique. 

Jusqu’à la puberté, je n’avais jamais eu de problèmes de poids alors que j’aimais manger, voire beaucoup manger. On me disait que j’aimais manger comme une adulte. Une simple remarque de ma mère me traumatisa, accentuée par une moquerie d’un camarade: « tu as des jambes comme des poteaux ». Habitant à la campagne, un de mes hobbies, était le vélo, sans doute le responsable de ces troncs d’arbres faisant office de jambes pour moi. Horreur, malheur ! J’étais maudite.

Mon complexe est né mais ma gourmandise a continué: résultat à 14 ans, je faisais 1,60m pour 62kg. J’avais des petites vergetures sur les cuisses. Ma mère inquiète m’emmena chez son médecin. A l’époque, celui-ci décréta que je devais perdre 10kgs à base de coupes-faim et de régime drastique, complètement déséquilibré. Exactement l’inverse de ce qu’on doit faire.

En trois semaines, en vacances, à l’hôtel-restau, j’ai réussi à perdre six kilos, je suis rentrée très fière de moi. Sauf que ce qui devait arriver, arriva: bam je repris … le double en peu de temps. Et la période Yoyo commença: oui je me réfugiais dans la nourriture, et oui c’est vite devenu compulsif. Mes années lycée furent les pires de ma vie car non seulement je ne m’habillais pas « à la mode » comme les jeunes de mon âge mais en plus, j’ai commencé à tellement prendre du poids que je n’avais plus que deux jupes culottes de grand-mère et je me cachais derrière un long manteau l’hiver bleu marine. Et je rajoutais un puncho pour couvrir toutes mes rondeurs.

Tous les mercredis, en sortant du lycée pour aller chez ma grand-mère, j’achetais trois puddings, car le troisième était gratuit. Je me les enfilais sur la route. Ils étaient énormes. Dès que j’avais un peu d’argent de poche, je m’achetais quelque chose à manger. Et puis ensuite, chez moi j’ai commencé à manger aussi tout ce qui était gras, et sucré: les chocolats de Noël, les gâteaux apéritifs que nous gardions pour les invités. Il m’arrivait de me lever la nuit, pour bouloter du fromage et du pain.

Et bien sûr tout cela, alors que je faisais croire à tout le monde, que je faisais attention à ma ligne, donc je m’interdisais, les plaisirs en famille, des plats, des gâteaux, des desserts… J’ai essayé en parallèle de faire tous les régimes au possible que je trouvais dans les magazines. Horreur ! Malheur! Un jour je me suis pesée sur la balance et là je n’en ai pas cru mes yeux, l’aiguille pointait vers les 75kgs!!!!

Bien que j’arrivais pendant certaines périodes à perdre un peu de poids, je descendais rarement en-dessous de la barre des 65kg je pense. Malgré l’essai au jogging et à quelques longueurs en piscine, je n’arrivais jamais au poids rêvé. Mes parents me disaient que je ne trouverais pas de travail si je restais « grosse » ou pas de « mari ». Les mensonges qu’on veut nous faire croire restent tatoués qu’on le veuille ou non dans notre petite mémoire.

A l’âge de 18 ans, j’ai eu recours au (âmes sensibles s’abstenir) VO-MI-SSE-MENT. Vous avez bien lu. L’engrenage de la boulimie-anorexie m’emmena sur un chemin où je suis restée six ans. Pour ne pas grossir, vomir était devenu un jeu dangereux mais il m’aidait sur le coup, à déculpabiliser de ce qui me dégoûtait en moi. Plus je le faisais, plus je me détestais finalement. Tout un paradoxe au final!

La boulimie s’est arrêtée grâce à une simple phrase: »si tu ne t’aimes pas toi-même, personne ne pourra le faire à ta place. » J’ai arrêté de me goinfrer ce jour-là et de surtout me faire vomir. Le déclic! Bing à 24 piges ! Merci Seigneur je me suis sortie de cette addiction. J’espère que la fille de mon ami aura aussi cette révélation.

Malheureusement le poids, je l’avoue reste une obsession, 20 piges plus tard: tous les matins, la première chose que je fais au lever est de monter sur la balance. Si possible, toute nue quelque fois, que mon pyjama fasse afficher à la balance, quelques grammes de plus. Le drame parfois n’est pas loin.

Le jour où mon poids ne sera plus mon identité et ne me définira plus, je serais libérée, je le sais. Voilà c’est écrit, c’est dit.